De gauche à droite : Bernard, moi-même, Richard et Robert

Ce n'est pas toujours la vie en rose quand on a trois frères... Du moins quand on est jeune et que l'on est la plus vieille. Faut dire que je n'avais pas très bon caractère à l'époque, j'en conviens, alors ils s'en donnaient à coeur joie pour me faire fâcher. Et comme j'étais perfectionniste, ça ne prenait pas grand chose pour me faire grimper dans les rideaux.

Il y a si longtemps et pourtant j'ai l'impression que c'était hier, mais voilà le temps a passé. Je les adore et je suis heureuse de pouvoir dire que nous sommes très proches tous les quatre. Nous n'avons pas toujours eu la possibilité de nous voir souvent, quelquefois à cause de la distance, mais plus on vieillit, plus les liens se resserrent et jamais nous n'avons connus de querelles. Au contraire, il y a toujours eu de l'entraide et nous possédons tous un bon sens de l'humour. Comme on dit de nous parfois sur un forum auquel on fait partie... "Quelle famille" !!!!

J'ai presque trois ans, comme je suis adorable... Oh ! Mais voilà que je vais me faire garder chez la voisine... Quand papa revient me chercher au bout d'une semaine, un petit bébé tout neuf est là. Le petit bébé tout neuf a grandi, oh oui ! Et m'en fait voir de toutes les couleurs. Cette manie entre autre qu'il avait de vouloir savoir comment c'est fait à l'intérieur d'un cadran, d'une poupée, enfin tout ce qui lui tombait sous la main. Et le pire !!!! Le pire que j'ai pu connaître !!!! Il chantait à tue-tête le soir pour s'endormir... Des chansons de Tex Lecor. Je suppliais maman de lui dire d'arrêter car je voulais dormir, et il répondait à chaque soir : "Juste une dernière", et enfin... Il s'endormait... en chantant. Ouf !!!! Quel répit, car je peux vous dire qu'il chantait avec coeur, sûrement que la rue au complet l'entendait ! 

 Mais tous les matins aussi c'était pénible... pénibleeee !!!!!! Il monopolisait le grille-pain pour ses dix rôties quitte à les manger froides, et moi je voulais m'en faire juste une, pas moyen ! Il attendait devant le grille-pain grrrrrrr et là le même scénario tous les matins, accroupi devant l'armoire de cuisine, il se plaignait qu'il n'y avait rien à manger et après avoir tout sorti ce qui se mange sur une rôtie, il sortait son éternel "beurre de peanuts". Ce n'est pas des blagues, papa achetait le beurre d'arachides au gallon ! Et là on mettait la boîte de céréales entre nous pour ne pas se voir... Y m'énarvait !!!!!! hi hi... Je suis pliée en deux de rire.

Il y a eu aussi les soirs où nous étions seuls, nos parents étant sortis. Bon ! On avait besoin de quelque chose au sous-sol. Nous avions peur tous les deux de la noirceur; alors du haut des marches on se donnait la main, on se regardait pour se donner confiance, et lui commençait à chanter à tue-tête. Mais voilà que rendus en bas, la fournaise partait... Oh boy !!!! On remontait tellement vite que je me demande si nous touchions aux marches.

Dans ma jeunesse j'ai fait beaucoup d'asthme, je passais des semaines au lit à étouffer. Alors comme je ne pouvais me déplacer, maman lui faisait faire des commissions. Mais... Oh ! Quelquefois j'ai été manipulatrice ah ! ah ! Il y a des jours où j'étais bien mais j'avais besoin de quelque chose au sous-sol. Je demandais à Robert d'aller me chercher ce dont j'avais besoin. Comme il ne voulait pas, je disais à maman : "Robert ne veut pas me rendre de service, et j'ai de la misère à respirer". Maman lui disait : "Robert va chercher ce que ta p'tite soeur demande, elle est malade". Eh oui ! mon frère, j'ai osé te faire cela. Désolée de te l'apprendre, mais je suis prise présentement d'un intense fou rire. Je t'adoreeeeeee mon frère.

Et tu te souviens du soir qu'on t'a laissé toute la vaisselle ? Je lui revois encore les yeux sortis de la tête hi hi. Il s'esquivait tous les soirs après souper dans la chambre de bain et n'en ressortait que la vaisselle terminée. Un soir, un de ses copains soupe à la maison, Robert doit donc s'absenter comme d'habitude. Maman nous dit : "On va faire semblant de faire la vaisselle". Alors, nous continuons de jaser, tranquillement assis à la table et nous brassons de la vaisselle pendant un bon bout de temps. Lorsque nous ne faisons plus aucun bruit, pour toi Robert c'est le signal ! Tu peux enfin sortir de ta cachette. Il sort, sûr de lui il va s'en dire, mais en voyant toute la vaisselle sur le comptoir et sur la table, il a failli s'évanouir. Alors tu as eu la corvée cette fois-là avec ton copain qui riait de toi en faisant la vaisselle avec toi.

 

J'ai 20 ans, je l'invite à venir passer quelques jours chez moi. Les quelques jours ont duré une journée ! J'ai dit : "Papa, viens chercher ton fils" ! Ah misère ! Dur pour une perfectionniste !

Le temps passe; il vient demeurer chez moi quelque temps, car il a trouvé du travail à Sainte-Agathe-des-Monts et a maintenant sa copine qui est devenue sa femme par la suite. Pauvre femme, une sainte femme je vous dit ah ah ah !

 

Alors que j'ai quatorze ans, deux autres bébés arrivent. Je dois dire que j'ai été leur maman souvent pour donner un coup de main à ma mère, mais j'adorais les bébés. Ils étaient si mignons, mais ils n'ont que trois ans et déjà m'en font voir de toutes les couleurs eux aussi, surtout Bernard grrrrr. Une fois alors que je les garde, ils me font courir autour de la maison car ils ont fait un mauvais coup et j'essaie de les rattraper, mais ce fut leur fête quand j'ai réussi à les agripper et les faire entrer dans la maison. Eux se souviennent encore de m'avoir fait courir, mais moi je me souviens de la punition, j'étais hors de moi hi hi.

Comme je passe souvent des nuits en crise d'asthme, je dois récupérer à mon retour de l'école, et maman me réveille pour le souper. Mon mascara a coulé, Bernard de pousser son frère du coude et lui dit : regarde, Yvette a des traces de brake en dessous des yeux grrrrrr

Mais j'adorais les gâter, car comme je travaillais et que les parents ne pouvaient leur acheter ce que moi j'aurais aimé, je leur achetais : Leur première paire de patins, une table tournante Mickey Mouse et autres choses dont je ne me souviens pas. Sauf que ça faisait des achats en double.

Comme la plupart des jumeaux, ils ressentent beaucoup de choses et ne pas être ensemble est pour eux très difficile. L'un d'eux est hospitalisé pour une pneumonie, quelle semaine d'enfer à garder l'autre, c'est pire que les deux ensemble. Quand maman est allée chercher Richard à l'hôpital, ce fut très émouvant de les voir se retrouver même s'ils n'avaient que deux ans. Ils ne parlaient pas encore franc mais quand ils se sont vus, ils ont crié "Mamard" - "Hihard" et se sont jetés dans les bras l'un de l'autre.

Lors d'une sortie avec l'école, Richard tombe et se blesse. Les professeurs n'ont plus le choix de faire embarquer Bernard dans l'ambulance avec son frère, car il n'est n'est plus contrôlable : il crie plus fort que Richard qui est blessé.

Ils n'ont que quatre ans lorsque je quitte la maison pour aller travailler à l'extérieur. Je les vois donc plus rarement. Alors qu'ils ont six ans, je les garde une fin de semaine. Le matin, ils se lèvent avant moi, mais oh ! Quelle surprise pour moi lorsque je me lève. Mais comment leur en vouloir, ils sont si contents d'avoir fait une belle surprise à leur grande soeur. Oui mais quelle surprise !!!! Ils ont décidé de faire le ménage dans ma bibliothèque, et moi qui suis perfectionniste, tout est placé au poil près. Mais là, plus un livre n'est à la même place, les bibelots sont également changés de tablette. Oh ! la la ! dur dur dur pour moi quand je vois ça, mais devant leur frimousse angélique de m'avoir fait cette surprise, comment puis-je les chicaner ? Mais quand maman vient les chercher, c'est la première chose que je fais... Replacer ma bibliothèque.

L'adolescence s'installe pour eux, moi qui ne demeure plus à la maison, nous sommes comme des inconnus quand je vais faire un tour, nous trouvons difficilement des sujets de conversation. Mais cela ne dure que quelques années. Comme je suis seule avec mes deux filles et que je dois déménager, je demande à Bernard s'il ne viendrait pas m'aider à démonter un lit encastré dans un mur. J'ai beau me débrouiller assez bien en menuiserie pour les besoins de la cause, mais... C'est alors que nous réapprenons à nous connaître. Je me rends également compte qu'ils sont aussi espiègles que leur soeur, surtout que Bernard lui, il est pince-sans-rire, alors la première fois qu'il me lance une blague, je reste stupéfaite. Pendant qu'il travaille à défaire le lit, je suis à lui raconter quelque chose et je lui dis : "Quand j'étais jeune"... Il me coupe et me dit : "Tu as déjà été jeune ?" Je le regarde étonnée, je ne comprends pas... Il me répond : "Je t'ai toujours connue vieille !", c'est un fait à quatorze ans de différence ! hi hi

Une autre fois où ils ont encore à me déménager, et que la maison a un toit cathédrale, il faut enlever un crochet au plafond. Comme Bernard mesure 6 pieds, Richard 6 pieds 2 pouces, monte sur ses épaules et voilà que Bernard tourne pendant que Richard tient le crochet pour le dévisser. Vous voyez bien qu'on est une famille de fous, mais je les adoreeeeee. 

Encore un autre déménagement pour moi en 1995 et comme je suis seule, j'ai besoin de mes frères évidemment. Je leur dis un moment donné : "Vous savez quand j'étais jeune, ça m'a toujours manqué d'avoir une soeur, mais aujourd'hui je peux dire que c'est bien pratique des frères". Bernard me répond du tact au tact : "Nous autres on a toujours été ben content d'avoir juste une soeur !" Je vous adoreeeeee  

Tant qu'à Richard, c'est le Mr Bean de la famille. On le surnomme d'ailleurs comme ça ou encore Rambo à cause de sa force physique, malgré qu'il soit très svelte. Il m'émerveillait quand il dansait du "breack dance" quand ce fut la grande mode un moment donné. Il avait cette souplesse pour se déhancher comme si c'était un pantin, ou encore faire le robot, les yeux fixes et les gestes saccadés. C'est encore l'homme-enfant qui ne s'en fait pas avec la vie, c'est celui qui est content de sortir sa vieille soeur et qui est heureux de dire à tout le monde qu'il accompagne sa soeur et de me présenter. Ouf ! Une chance que la belle-soeur n'est pas jalouse hi hi. Mais une chose, il ne doit pas manquer de ketchup, il ne peut vivre sans ketchup. À ses fiançailles, tout le monde lui a acheté une bouteille de ketchup. 

Alors voilà, cet hommage est pour vous mes frères. Il y a longtemps que je voulais le faire. J'aurai bientôt 50 ans, il me semble qu'il n'y a pas si longtemps... Mais le temps passe si vite... Et je tiens à vous dire combien je vous aime et suis fière de vous avoir comme frères. Ce sont de doux souvenirs qui remontent en écrivant. 

Je trouve extraordinaire que pendant toutes ces années, nous avons su rester fidèles à nous-mêmes, authentiques, sans artifice entre nous. Et je crois que ce qui nous unit encore plus, malgré que nous ayons connu tous et chacun des moments très difficiles, c'est ce sens de l'humour et cette entraide qui nous ont permis de grandir et de resserrer ces liens.

Jamais je ne vous dirai assez merci pour tout ce que vous avez fait pour moi. C'est grâce à vous si j'ai pu garder la tête haute malgré tout ce que j'ai pu vivre de difficile parfois, et continuer ma route malgré les embûches. Et vous êtes encore là, parmi mes fidèles abonnés au Jardin de l'amitié à m'encourager pour continuer de donner et distribuer ce que j'ai de plus précieux : l'Amour.

  Je vous aime et merci d'être mes frères

 

Votre soeur

Votre 'ti soeur

Votre soeurette

"Votre vieille 'tite soeur"

Ce n'est pas de ma faute si je ne suis pas grande et suis vieille hi hi. Heureusement que le photographe vous a fait asseoir pour la photo, sinon il aurait fallu que je monte sur des échasses :)

 

Hannah Yvette

3 août 2003

Tous droits réservés -  Copyright © 2003

Ne pas reproduire mes textes sans mon consentement.

 

Retour au Menu " Éclosion de poésie "

 

 

Copyright (Au Jardin de l'amitié) © 2003 Tous droits réservés