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La veille du premier janvier, les festivités commençaient.

Tout d'abord, on avait le réveillon où la famille se retrouvait autour d'une table pour manger, jaser et rire. Rôti, fèves au lard, tourtières, ragoût de pattes de cochon, betteraves, beignes et gâteau aux fruits étaient traditionnellement au menu à l'occasion de cette froide nuit d'hiver.

Une fois la panse bien remplie, c'était le temps de fêter.

On dansait et chantait au son des reels, des cotillons, des gigues et des chansons à répondre du violoneux. La fête se terminait aux petites heures du matin.

Une des traditions les plus importantes lors de ces occasions était sans aucun doute la bénédiction paternelle. La fête du jour de l’An commençait toujours par ce moment solennel. À cette occasion, le patriarche de la famille bénissait ses enfants et petits-enfants agenouillés devant lui. Cette tradition remplie de symbolisme s'est perpétrée jusqu'à tout récemment, où l’ainé de la famille demandait à son père de bénir les membres de la maisonnée, et tous s'agenouillaient devant le chef de famille.

Après cet instant de recueillement, avait lieu la distribution des étrennes : bonbons, fruits, vêtements et parfois un jouet de fabrication artisanale. Les cadeaux étaient échangés le Premier de l’an plutôt qu’à Noël, fête liturgique.


Au Canada français, le Nouvel An représente l’apogée du temps des fêtes. Les familles se visitent, s’offrent des étrennes et dansent gigues, cotillons et quadrilles au son du violon.

Dans les campagnes, il était d’usage que le curé, accompagné de ses marguilliers, visite ses paroissiens entre Noël et le jour de l’An. Cet événement, aussi appelé la « Quête de l’Enfant Jésus », déclenchait la ronde des visites (qui se prolongeait jusqu’au Mardi gras) : voisins et parents faisaient la tournée des familles de la paroisse. Les hommes se promenaient d’une maison à l’autre pour transmettre leurs Voeux de Bonne et Heureuse Année au nom de leur famille. Les femmes quant à elles recevaient ces visiteurs et leur offraient une collation et un « petit remontant ». L’échange des cartes de Voeux pendant les fêtes serait né de la coutume d’annoncer sa venue en envoyant une carte de visite.

La veille du jour de l’An est aussi appelée la Saint-Sylvestre. Au 5e siècle, l’Église tenta de conférer un caractère sacré aux célébrations du jour de l’An qui donnèrent lieu à des coutumes païennes : défilés dans les rues qui durent toute la nuit, déguisements carnavalesques.

Sylvestre 1er, dont la fête est célébrée le 31 décembre, est le pape qui après avoir guéri l’Empereur Constantin en 313, incita le Souverain à faire adopter le christianisme comme religion officielle de l’Empire romain.

 

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La guignolée est une tradition typique du Québec. C'est une fête du partage qui à l'origine avait lieu la veille du Nouvel An. Elle témoigne de la solidarité des habitants, et vise à recueillir des dons pour les pauvres d’un rang alors que d'autres formes d'entraide se limitent aux voisins immédiats ou sont pratiquées à l'échelle de la paroisse entière.

Un cortège de jeunes gens parcourent les rangs, se présentant à la porte de chaque maison en chantant les traditionnels versets de la guignolée, ou du "gui l'an neu", avec leur saveur de druidisme antique. Des produits de la ferme sont offerts, et pour encourager les bénévoles à poursuivre leur quête dans le froid intense, la maîtresse de maison leur offre un petit verre de rhum pour qu’ils se réchauffent.

Les sacs s'emplissent de beignes, de tourtières et d'autres victuailles qui, le lendemain, égayeront la table du pauvre. En 1886, on a couru la guignolée dans le Trompesouris pour le vieux Dubé et la veuve Crochetière; dans l'Ormière, pour le père Lafontaine.

Si elle a conservé des racines religieuses, païennes et chrétiennes, cette quête s'étend désormais à tout le mois de décembre, soutenue par les médias.

Vers 1860, la Société Saint-Vincent-de-Paul organisa la première guignolée. Les membres de la Société en ont encore l'initiative dans les paroisses où elle subsiste pour les familles démunis.

On demande aux enfants à l'école, d'apporter un petit quelque chose, soit une boite de conserve, un sac de pâte ou tout autre aliment qui se conserve. Et dans certains villages, des hommes passent aux maisons avec un bonnet de Père Noël pour ramasser des aliments non périssables.

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Le mot « guignolée » est tiré de l’expression « Au gui l’an neuf ! », en référence à la plante traditionnelle de la Nouvelle Année, « le Gui ».

Le gui est une plante parasite toujours verte. On trouve cette plante notamment sur le chêne, autre plante sacrée. Éternellement vert sur un arbre qui, l'hiver, semble mort, le gui était pour les Gaulois une plante sacrée, un symbole d'immortalité et de fertilité… D’où la coutume de s’embrasser sous les feuilles de gui.

Ces croyances seront importées en Nouvelle-France par les premiers colons, car le gui ne fait pas partie de la flore canadienne.

Un naturaliste du XIXe siècle, Paul Constantin, (dont il est question dans un site instructif sur le gui), pose la question suivante : Le cri : "Au Gui l'an neuf !" avec lequel autrefois, dans plusieurs de nos provinces, les pauvres frappaient aux portes des maisons pour demander la charité, la veille du Nouvel An, et le mot "aiguillan", "aguignettes", appliqué aux étrennes pour les enfants, sont-ils un souvenir de l'ancienne cérémonie gauloise et du prestige attaché au Gui ?

On le croit communément, et non sans quelque vraisemblance.

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Dans les rapports du voisinage de certains villages, il y avait lieu de distinguer trois degrés : "le premier voisin", "le rang", "la paroisse".

Le premier voisin fait pour ainsi dire, partie de la famille. À l'occasion des réunions de parents, aux repas de noces, les deux voisins, celui de droite et celui de gauche, étaient toujours invités.

Entre voisins, on se rend force services, on se prête des instruments de travail, des voitures, des chevaux. On va chez lui veiller au chevet des malades. Pour le voisin, on attelle son meilleur cheval et on va chercher le prêtre dont la présence est requise auprès d'un mourant ou d'un malade.

Entre voisins, il se fait de fréquents échanges de coups de main, lesquels sont donnés à charge de revanche, mais dont il n'est pas tenu un compte rigoureux.

Chez les voisins encore, on va en corvée récréative, corvées de broyage du lin, de filage de la laine ou du lin, d'épluchage du blé d'Inde, mais aussi pour la corvées du levage de la charpente d'un bâtiment de ferme, lesquelles parfois réunissent un grand nombre d'auxiliaires bénévoles.

Le vieux Dauphinais avait perdu son unique cheval; cinq ou six cultivateurs du voisinage s'entendirent et lui ensemencèrent ses guérets.

Chaque rang pourvoyait à l'assistance de ses pauvres. La mendicité était un fait d'occurrence très rare à l'époque. Quelques journaliers, pourtant, sur leurs vieux jours y tombaient. C'était alors en premier chef, à la famille ou à sa parenté, de se charger de son entretien. Mais à défaut, les habitants du rang devaient alors y pourvoir. Les indigents étaient logés et pourvus de toute chose au moyen de contributions volontaires. Tous les six mois à peu près, s'organisait dans les divers rangs une collecte ou tournée au bénéfice des pauvres du rang. Les aumônes se faisaient en nature et les tournées étaient toujours fructueuses.

D'une tournée à l'autre, les pauvres sont assistés privément. Les habitants de chaque rang avaient à coeur que leurs pauvres soient bien pourvus et puissent se dispenser d'aller mendier dans les paroisses voisines. Chacun des grands rangs avait sa fromagerie, son école, et aussi sa grande croix de bois peint, souvenir d'une retraite.

Les chemins qui desservent les divers rangs arrivent tous par des routes transversales, ou des raccordements, aboutir au village, bâti à peu près au centre de la partie cultivée de la paroisse. Il ne tranche que faiblement sur la pleine campagne.

Une fromagerie-beurrerie, quelques ateliers d'artisans, quelques boutiques de marchands, l'église, le presbytère, la salle publique, les demeures du médecin, du notaire, de quelques rentiers ou rentières, c'est tout ce qu'il y avait de distinctif, à l'époque entre 1886 et 1898. Et, sauf un petit couvent, il n'y avait pas beaucoup plus, en 1923.

Au-dessus de la solidarité du rang, il y avait la solidarité plus compréhensive de la paroisse, réservée pour des occasions exceptionnelles. Par exemple, le voisinage paroissial faisait fonction d'assurance mutuelle.

Il était rare qu'un habitant assurât ses constructions contre l'incendie dans une compagnie ou société. Mais le feu consumait-il ses bâtiments, aussitôt les paroissiens se concertaient; les uns s'engageaient à fournir les pièces de la charpente, d'autres les planches, d'autres contribuaient à la main-d'oeuvre, et en peu de temps notre homme se retrouvait sur pied, aussi bien pourvu qu'avant l'incendie.

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Ça se passait dans les années cinquante, soixante. Dans ce temps-là, swings, rigodons et sets carrés se dansaient dans toute la parenté.

Le 31 décembre, veille du Jour de l'An, chacun se préparait fébrilement. Aux environs de vingt heures, on se réunissait. Tantes, oncles, cousins, cousines rivalisaient de leurs plus beaux atours. Certains d’entre eux ne se rencontraient que dans les mariages ou les enterrements. Les conversations débutaient lentement sur des sujets anodins.

Les verres n’étaient jamais vides. L’atmosphère se réchauffait. La musique, et le ton des voix s'élevaient. Les rires fusaient.

Un vieux disque était placé sur la table tournante. C’était le départ. Tous les adultes étaient debout, par couples, formant un cercle parfait. Et on "calle" le premier set carré :

 "Promenade", "swinger la compagnie", "les femmes en dedans, les hommes autour".



Les danseurs suivaient les directives comme ils le pouvaient. Les erreurs ne font qu’augmenter le plaisir. Cette danse dure douze minutes. Pour terminer la danse, quelqu’un annonçait :

- "Domino, les femmes ont chaud’’.

Un violoneux, assis sur une chaise, battait le rythme en claquant ses souliers à semelle dure sur le plancher de bois franc. Un oncle se joignait aux musiciens jouant "de la cuillère". Il s’agit de faire claquer, entre une main et un genou, deux cuillères placées dos à dos.



Il fait chaud. Les vestons ont rejoint les manteaux d’hiver déposés sur le lit des grands-parents (ou du plus vieux de la famille qui reçoit si les grands-parents sont décédés), le noeud de cravate s’est desserré ou la cravate est carrément enlevée, les manches des chemises blanches sont tournées. Les adultes s’amusent comme des enfants.

Dans cette tempête de rires, une tante, un peu trop joyeuse, perd l’équilibre. Elle se retrouve sur le plancher, dévoilant ses dessous tout neufs.

Jeunes et moins jeunes sont à bout de souffle et s’assoient.

Mon père sort son accordéon et entame une série de chansons à répondre. Chacune des phrases de la chanson est répétée à l’unisson par toute la famille.

Minuit moins une, 10 secondes, 9… 3, 2, 1 ...  " Bonne Année ".



Tout le monde se serre la main, s’embrasse et se souhaite Santé, Bonheur et  "Le paradis à la fin de tes jours’’.

Il y a des enfants qui dorment debout. On les couche où on peut. Les jeunes reprennent la direction de la musique. Les moins jeunes discutent et réveillonnent plus tranquillement.

Plusieurs ne s’attablent pas immédiatement. La fête continue et bat son plein.

Grand-mère crie alors :

" Pour ceux qui ont faim, tout est sur la table de la cuisine. Servez-vous."

On sert le café. C’est terminé pour la boisson. Et jusqu’à trois heures du matin, pour ne pas dire six heures, les chanteurs se relèvent, alors que d’autres continuent à piger dans les plats de grand-mère.

Puis la fatigue se fait sentir, ça devient tout à coup plus calme.

Ni chant, ni musique. Le ton de la voix a baissé comme pour ne pas réveiller les enfants.

Les tantes rangent ce qu’elles peuvent. La grand-mère dit de laisser faire ça, qu’elle aura tout son temps demain pour s’en occuper.

Un premier couple alors quitte la soirée en embrassant tout le monde. La fête est terminée. Un père attendri porte son enfant pourtant trop grand. On promet de se revoir bientôt. Les conversations continuent dans l’entre-porte.

Le froid pénètre, la grand-mère gèle mais ne dit pas un mot, trop contente de sa soirée.

"Mon pauvre grand-père, y s’est couché, ben fatigué."

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Aujourd'hui, la bénédiction ne se fait plus et les cadeaux sont échangés à Noël en famille, mais j'ai connu cette époque.

Entre Noël et le Jour de l'An, nous allions rendre visite au frère aîné de mon père, les cadeaux étaient encore en dessous de l'arbre. Du haut de mes six ans, j'étais vraiment surprise que les cadeaux ne soient ouverts qu'au Jour de l'An ! Je disais à ma mère : "Mais c'est long attendre au Jour de l'An pour développer des cadeaux !", ce qui la faisait sourire bien entendu. Mais mon oncle avait 21 enfants, difficile alors d'avoir tout le monde en même temps.

Mais pour le Jour de l'An, et jusqu'à mes 16 ans, nous allions chez le frère aîné de ma mère où se passait la coutume décrite plus haut, avec mon père qui apportait toujours ses trois accordéons.

De nos jours, bien souvent on loue une salle, et, cousins, cousines, tantes, oncles, petits-enfants et arrières petits-enfants se retrouvent, tout le monde ou presque y est.

Chacun apporte un plat, et puis... c'est le Jour de l'An !

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Le 15 décembre 2009, papa décédait subitement à l'âge de 82 ans, le jour même de son anniversaire. Il faisait partie d'un groupe de folklore, ceinture fléchée (que l'on ne voit pas sur la photo) et il en était très fier. C'était un groupe recherché dans les alentours. Cela le peinait de ne pas y participer quand il est entré à l'hôpital, puisque tous les lundis, ce groupe se réunissait, mais dans le temps des fêtes, ils étaient demandé pour des soirées canadiennes. Il a réalisé son rêve à l'âge de 72 ans, comme quoi il n'y a pas d'âge pour réaliser ses rêves.

Je vous dit plus haut qu'il avait trois accordéons, mais c'était lors de cette photo avec moi. À son décès, il en avait six. Musicien dans l'âme et dans le coeur depuis qu'il était tout jeune homme.

Page hommage à mon père

La musique que vous entendrez sur cet hommage, c'est papa lui-même qui joue.

 

 
 
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