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« Pourquoi mon fardeau
est-il si lourd ? » me demandai-je, en claquant la porte de ma chambre.
« N'y a-t-il aucun repos en cette vie ? ».
Je me jetai sur mon lit,
pressant l'oreiller sur mes oreilles pour ne plus entendre les bruits de
mon existence.
« Mon Dieu ! »
m'écriai-je. « De grâce, aide-moi à m'endormir ! Laisse-moi dormir pour
toujours. Je ne veux plus me réveiller ! »

Sur un gros sanglot, je
m'endors enfin, accueillant avec soulagement les ténèbres qui
m'envahissaient. Puis une grande lumière m'enveloppe et je reprends
conscience... J'en fixe la source : un homme debout devant une croix.
« Mon enfant, me
demande-t-il, pourquoi veux-tu mourir avant que je ne sois prêt à te
rappeler à moi ? »
« Seigneur, je regrette.
C'est juste que... Je ne peux plus continuer. Tu vois combien c'est
difficile pour moi. Regarde l'affreux fardeau sur mon dos. Je ne peux
tout simplement plus le porter. »
« Mais ne t'ai-Je pas
dit de Me donner tous tes fardeaux; ne sais-tu pas que Je t'aime ? Que
mon joug est doux, et mon fardeau léger ? »
« Je savais bien que
c'est ce que Tu dirais. Mais pourquoi le mien est-il si lourd ? »
« Mon enfant, chacun a
son fardeau en ce monde. Peut-être aimerais-tu en essayer un autre ? »
« Je peux faire ça ? »

Il me désigne plusieurs
fardeaux déposés à ses pieds.
« Tu peux essayer un de
ceux-ci. »
Tous les fardeaux
semblent de la même grosseur. Mais chacun porte un nom différent.
« Voici celui de Diane,
lui dis-je. Diane est l'épouse d'un homme d'affaires fortuné. Elle
habite un grand manoir et ses trois filles sont vêtues des habits les
plus exclusifs. Quelquefois, elle me conduit à l'église dans sa Cadillac
quand ma voiture est en panne... Laisse-moi essayer celui-ci ! »
Il ne doit pas être trop
difficile à porter, pensai-je. Le Seigneur m'enlève alors mon fardeau et
place sur mes épaules celui de Diane. Je vacille et tombe à genoux sous
son poids.
« Enlève-le vite,
Seigneur, je t'en prie ! Qu'est-ce qui peut bien peser autant ? »
« Regarde à l'intérieur.
»
Je défais les courroies
et ouvre le couvercle. À l'intérieur je trouve une photo de sa
belle-mère qui, aussitôt sortie de la boîte, se met à parler.
« Diane, tu ne seras
jamais assez bien pour mon fils, il n'aurait jamais dû t'épouser... Tu
es une mère terrible pour mes petits-enfants... »
Je remets vivement la
photo de la belle-mère dans la boîte et j'en sors une autre. Celle-ci
est de Nathalie, la plus jeune des filles de Diane. Sa tête est couverte
d'un bandage à la suite d'une chirurgie qui n'a pas réussi à la guérir
de son épilepsie.
Une troisième photo est
celle du frère de Diane. Narcomane, il vient d'être accusé du meurtre
d'un policier.
« Je vois pourquoi son
fardeau est si lourd, Seigneur. Mais elle sourit tout le temps, et elle
est toujours en train d'aider les autres. Je n'avais pas deviné... »

« Voudrais-tu en essayer
un autre ? », me demande-t-Il gentiment.
J'en essayai plusieurs.
Celui de Nicole était lourd : elle élève seule ses quatre fils...
Celui de Jacinthe était
lourd aussi. Abusée sexuellement dans son enfance, elle vit maintenant
dans son mariage de l'abus émotionnel.
Je n'ai même pas voulu
essayer celui de Germaine. Je savais qu'à l'intérieur, j'y trouverais
l'arthrite, la vieillesse, un travail à l'extérieur, et un époux
bien-aimé qu'elle a dû placer dans un foyer.
« Ils sont tous trop
lourds, Seigneur, redonne-moi le mien. »

En reprenant ce paquet
pourtant familier, il me semble beaucoup plus léger que les autres.
« Regardons à
l'intérieur », me dit-Il.
Je me détourne de Lui,
en tenant mon paquet bien serré contre moi.
« Ce n'est pas une bonne
idée », lui dis-je.
« Pourquoi ? »
« Il y a beaucoup de
déchets là-dedans. »
« Laisse-moi voir. »
Sa voix si douce m'a
touchée et j'ai ouvert mon fardeau. Il en sortit une brique.
« Parle-moi de celle-ci.
»
« Celle-ci, Seigneur,
c'est l'argent. Je sais que nous ne souffrons pas autant que les gens de
certains pays ou même les gens d'ici qui sont sans abri. Mais nous
n'avons pas d'assurances et quand les enfants tombent malades, nous ne
pouvons pas toujours les emmener chez le médecin. Ils ne sont jamais
allés voir un dentiste et je suis tannée de les habiller avec des
vêtements usagés. »
« Mon enfant, Je
pourvois à tous tes besoins... et à ceux de tes enfants. Je leur ai
donné la santé. Je leur enseignerai que Je ne juge pas la valeur d'une
personne d'après les vêtements qu'elle porte. »
Puis Il prend la photo
d'un petit garçon.
« Et ceci ? », me
demande-t-il.
Je baisse la tête,
honteuse d'appeler mon enfant un fardeau.
« Mais, Seigneur, il est
hyperactif. Il n'est pas docile comme les deux autres. Il m'épuise
tellement. Il est toujours en train de se blesser, et parfois, j'ai peur
que quelqu'un croit que je le maltraite. Je crie toujours après lui. Je
lui ferai peut-être réellement mal un jour... »
« Mon enfant, dit-Il, si
Tu me fais confiance, Je te fortifierai. Si tu me le permets, Je te
remplirai de mon Esprit, Je te donnerai la patience. »
Sur ce, Il sort quelques
cailloux de mon paquet.
« Oui, Seigneur, lui
dis-je dans un soupir, ceux-ci sont petits, mais ils sont importants. Je
haïs mes cheveux. Ils sont si minces, je ne peux rien faire avec. Je
n'ai pas les moyens d'aller chez la coiffeuse. Je suis trop grasse et
j'abandonne toujours mes diètes. Je haïs mes vêtements. Je haïs mon
apparence. »
« Mon enfant, les gens
voient ton apparence extérieure, Moi, je vois ton coeur. Par mon Esprit,
tu obtiendras la persévérance pour contrôler ton poids. Mais ta beauté
ne devrait pas venir de l'extérieur, mais d'au-dedans de toi-même; la
beauté rayonnante d'un coeur calme et généreux, qui a une si grande
valeur à mes yeux. »
Mon fardeau me semblait
à présent de plus en plus léger.
« Je crois que je peux
l'endurer maintenant, » lui dis-je.
« Mais il y en a
d'autres », dit-Il. « Donne-moi la dernière brique. »
« Oh ! Tu n'as pas à
prendre celle-ci, je peux m'en occuper. »
« Mon enfant, donne-la
moi. »
Une fois de plus, Sa
voix si douce m'a convaincue. Il me tend la main, et pour la première
fois, je vois son horrible blessure.
« Mais, Seigneur, cette
brique est si affreuse, si laide, si... Seigneur, qu'est-il arrivé à Tes
mains ? Toutes ces cicatrices ! »
N'étant plus aveuglée
par mes propres problèmes, je regarde enfin Son visage. Dans son front,
de grosses marques... comme si quelqu'un avait enfoncé des épines dans
sa chair.
« Seigneur, que t'est-Il
arrivé ? »
Son regard plein d'amour
m'a émue jusqu'à l'âme.
« Mon enfant, tu le
sais. Donne-Moi la brique. Elle m'appartient. Je l'ai payée. »
« Comment ? »
« Avec mon sang. »
« Mais pourquoi,
Seigneur ? »
« Parce que je t'aime
d'un amour infini. Donne-la moi. »

Alors je mis dans sa
main blessée ma brique, toute souillée de la laideur et du mal de ma
vie... mon orgueil, mon égoïsme, la dépression qui me tourmente
constamment. Se tournant, il lance ma brique dans la mare de sang au
pied de la croix. Elle n'y fait qu'un tout petit remous...
« Maintenant, mon
enfant, tu dois te réveiller. Je serai avec toi toujours. Quand tu seras
troublée, appelle-moi, Je t'aiderai et t'apprendrai des choses que tu ne
peux même pas imaginer en ce moment. »
« Oui, Seigneur, je
ferai appel à Toi. » Puis, je me penchai pour reprendre mon fardeau.
« Tu peux le laisser ici
si tu veux. Tu vois tous ces fardeaux ? Ce sont ceux que d'autres ont
laissés à mes pieds; celui de Diane, de Nicole, de Jacinthe, de
Germaine... Quand tu me laisses ton fardeau, Je le porte pour toi.
Souviens-toi, mon joug est doux et mon fardeau est léger. »
En lui remettant mon
fardeau, la lumière s'évanouit. Et pourtant, je l'entendis encore me
murmurer :
« Je ne t'abandonnerai
jamais. Je ne te rejetterai jamais ! »
Une grande paix envahit
alors mon coeur !
~ Auteur inconnu ~
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