Je devins fou, étourdi,

Mes baisers furent infinis,

Je serrai contre moi,

Je l'entourai de mes bras,

Je m'enivrai de ses bras,

Je devins fou ce jour-là.

Donne-moi des baisers, donne-m'en encore;

Que, perdu dans tes charmes,

Prisonnier de tes bras,

Je ne sente pas ma propre vie

Ni mon âme, oiseau perdu

Dans l'azur-amour de tes cieux.

Petite bouche de mes amours,

Mignonne comme des fleurs,

Ma poupée qui a

Des bras délicats pour m'entourer

Et tant de baisers à me donner

Autant que je peux lui en donner.

Bouton de rose fillette,

Tendre et si petite,

Petit corps de tentation,

Viens habiter ma vie
Donne-moi un abri
Pour mon pauvre amour.
Aucun repos, aucun projet,
Rien de certain, toujours inquiet
Quand je ne te vois pas, amour,
De t'embrasser sans baiser
De ce que ne comble pas mon désir
Même mon plus grand baiser.
Aïe ! quelle torture, quel feu
Si je suis à ses côtés
De la brume dans mon regard,
Un nuage dans mon âme,
Perdu à jamais le calme,
Et moi je ne le trouve pas.

 

La première lettre (écrite en vers) de Fernando Pessoa (1888-1935) à Ophelia Queiroz, datée du 1er mars 1920.
Extrait de "Lettres d'amour" - Guy Samson

 

 

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