Souviens-toi, j'étais sur le quai, direction Demey et toi aussi, tu étais sur le quai, de l'autre côté.  Nos regards se sont immédiatement soudés, formant un pont invisible au-dessus des rails.

Ta rame a jailli du tunnel, nous séparant.  Tu ne l'as pas prise.  Tu n'avais pas bougé, tout comme moi.  J'ai osé.  Je me suis précipité dans les escaliers, le coeur jouant une partie effrénée de squash dans ma poitrine, prêt à exploser, imploser, se déchiqueter en lambeaux d'amour.  L'angoisse de ne plus te trouver.  Mais tu étais toujours là, attendant.  Te rends-tu compte que si nous avions possédé une voiture, nous ne nous serions jamais rencontrés ?

Depuis ce jour, j'aime le métro car on n'aime jamais trop.

François

 

Écrite dans le cadre d'un concours de lettres d'amour organisé en 1994 à l'intention des jeunes (de 14 à 24 ans) utilisateurs du métro de Bruxelles.
Extrait de "Lettres d'amour" - Guy Samson

 

 

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